ENTRETIEN EXCLUSIF
Sofia Garnier
Traductrice littéraire russe-français
Née à Paris en 1998, Sofia Garnier a étudié à l'INALCO et à l'Université de Moscou. Elle traduit depuis 7 ans des auteurs russes contemporains pour les Éditions de l'Aube et Verdier jeune. Elle a notamment traduit 4 romans de la jeune génération post-soviétique.
C’est dans l’ambiance feutrée d’un café littéraire du Quartier Latin, un après-midi printanier de 2026, que nous avons rendez-vous avec Sofia Garnier. À seulement 28 ans, cette jeune traductrice s’est déjà fait un nom dans le milieu exigeant de l’édition française, en se spécialisant dans la fiction russe contemporaine, souvent post-soviétique. Son parcours, qui l’a menée des bancs de l’INALCO aux rues animées de Moscou, témoigne d’une passion précoce et d’une détermination sans faille pour les nuances de la langue de Dostoïevski et la redécouverte de ses voix actuelles.
Sofia dégage une énergie tranquille, une rigueur intellectuelle qui n’occulte en rien une sensibilité manifeste. Ses yeux pétillent lorsqu’elle évoque les défis et les joies de son métier, celui de passeur entre les mondes, les cultures et les mots. Elle nous invite à plonger dans les coulisses de la traduction littéraire russe-français, un art souvent invisible mais essentiel, surtout lorsqu’il s’agit de rendre accessible au public francophone la richesse et la complexité d’une littérature russe en constante évolution.
**Q:** Sofia, votre parcours est impressionnant pour votre âge. Comment devient-on traductrice du russe contemporain, et plus spécifiquement de la fiction post-soviétique, si jeune ? Quel a été le déclic ?
**R:** Le déclic, je dirais, a été une somme de petites fascinations. Enfant, j'étais déjà captivée par les sonorités du russe, une langue que mes parents, sans être russophones, écoutaient parfois à travers des chants ou des films. À l'INALCO, j'ai plongé tête la première dans la grammaire, la syntaxe, mais surtout dans la culture. C'est à Moscou, durant mes années d'études et mes premières immersions, que j'ai découvert la vitalité et la diversité de la littérature contemporaine. Loin des classiques que nous étudiions, j'ai rencontré des auteurs qui parlaient de mon monde, avec une acuité et une forme souvent déroutante. La fiction post-soviétique en particulier m'a happée par son regard acerbe, son humour noir et sa capacité à interroger une identité en pleine mutation.Devenir traductrice n’a pas été une décision brusque, mais plutôt une évidence progressive. J’ai commencé par traduire des nouvelles pour des revues universitaires, puis des extraits pour des éditeurs. Ma spécialisation est venue naturellement, par affinité. Je me suis rendu compte que c’était cette « jeune génération » qui me stimulait le plus, car elle exigeait une gymnastique intellectuelle constante, une capacité à capter des référents culturels très actuels. J’ai eu la chance de rencontrer des éditeurs, comme ceux des Éditions de l’Aube et de Verdier jeune, qui ont cru en mon potentiel et m’ont fait confiance pour ces voix nouvelles. C’est un apprentissage continu, où chaque nouveau roman est une nouvelle aventure linguistique et humaine. Il faut une dose d’audace pour se lancer si jeune, mais aussi une profonde humilité face à l’œuvre.
**Q:** Vous avez mentionné les classiques. Quelle est la différence fondamentale, pour vous, entre traduire un géant comme Tchekhov ou Dostoïevski, et un auteur vivant, dont l'œuvre est en pleine construction et avec qui l'interaction est possible ? Le risque d'interprétation n'est-il pas plus grand, ou au contraire, mieux encadré ?
**R:** C'est une question cruciale qui touche au cœur de mon métier. Traduire un classique, c'est dialoguer avec un fantôme, un monument. Le texte est figé, canonisé. On dispose d'une exégèse immense, de multiples traductions antérieures, ce qui peut être à la fois une aide et un fardeau. On cherche à apporter une nouvelle lumière, une nouvelle résonance, tout en respectant une forme déjà établie dans l'imaginaire collectif. Il y a une certaine révérence, une distance historique.Avec un auteur vivant, la dynamique est tout autre. Le texte est un organisme vibrant, parfois encore malléable. L’interaction est non seulement possible, mais souvent précieuse, voire indispensable. Je peux poser des questions, éclaircir une nuance, valider une interprétation. Cela réduit certes le risque d’une interprétation erronée, mais cela introduit aussi une autre forme de pression : celle de ne pas décevoir l’auteur, de ne pas trahir sa voix actuelle. Il faut une grande finesse pour ne pas imposer ses propres sensibilités tout en laissant le texte respirer en français. L’auteur a le droit de lire ma traduction, et c’est une responsabilité immense. C’est un dialogue constant, un ping-pong où l’on affine ensemble la meilleure façon de faire passer l’intention originale. Cette interaction rend le processus plus intime, plus vivant, mais aussi plus exigeant dans la quête de la justesse. On est moins dans la réinterprétation que dans la co-création d’un pont linguistique.
**Q:** Justement, comment restituez-vous le « style » d'un auteur contemporain, surtout quand il est encore vivant et susceptible de lire la traduction ? C'est un équilibre délicat entre fidélité et appropriation, n'est-ce pas ?

**R:** C'est la question fondamentale, le cœur du travail. Le style, ce n'est pas seulement le vocabulaire ou la syntaxe ; c'est le rythme, la musicalité, l'intonation, l'humour, le non-dit, la respiration même de l'auteur. Pour le restituer, je dois d'abord l'assimiler en russe, le lire et le relire jusqu'à ce qu'il résonne en moi. Je me pose des questions : L'auteur est-il elliptique ou prolixe ? Ironique ou direct ? Poétique ou terre-à-terre ? Utilise-t-il beaucoup d'argot, des anaphores, des phrases courtes et percutantes, ou des périodes longues et complexes ?Ensuite, il s’agit de trouver des équivalents en français qui produisent le même effet sur le lecteur. Ce n’est jamais du mot à mot. Si l’auteur joue avec la ponctuation, je dois trouver une manière de jouer avec la ponctuation française pour obtenir une tension similaire. Si son humour est basé sur des jeux de mots ou des références culturelles très spécifiques, je dois parfois trouver une pirouette, une image, un ton qui, sans être une traduction littérale, évoquera la même intention comique ou absurde.
L’équilibre est effectivement très délicat. La fidélité ne signifie pas la platitude. Au contraire, être fidèle au style, c’est être capable de le recréer avec les outils de sa propre langue, de le faire vibrer de la même manière. L’appropriation, c’est la capacité à faire sienne la voix de l’auteur le temps de la traduction, à la sentir dans ses propres muscles linguistiques, sans pour autant la dénaturer ou l’édulcorer. C’est un travail d’équilibriste, où l’on doit s’effacer en tant que traducteur pour laisser transparaître l’auteur, tout en étant pleinement présent pour le faire exister en français. Et oui, savoir que l’auteur lira, c’est une pression supplémentaire qui pousse à l’excellence et à une recherche constante de la justesse. Pour comprendre les fondements théoriques de ce dialogue, notre dossier sur la traduction littéraire russe-français replace ces choix dans une perspective historique et critique.
**Q:** La fiction post-soviétique est un terrain riche en particularités. Quels sont les défis spécifiques que vous rencontrez avec son humour noir, ses néologismes ou ses références culturelles parfois intraduisibles ?
**R:** Ah, la fiction post-soviétique, c'est un véritable laboratoire linguistique et culturel ! Les défis sont nombreux et passionnants. L'humour noir, par exemple, est souvent très subtil, teinté d'absurde, de cynisme et d'une certaine fatalité. Il naît souvent d'un décalage entre la réalité grise du quotidien et l'hyperbole de la narration. Le traduire, ce n'est pas juste rendre la blague, c'est restituer la posture, l'arrière-plan culturel qui la rend drôle ou grinçante. Il faut parfois déplacer l'effet, trouver une tournure française qui, sans être un calque, produira le même sourire jaune chez le lecteur.Les néologismes sont un autre casse-tête. La période post-soviétique a vu l’émergence d’un vocabulaire foisonnant, mélangeant l’héritage soviétique, les anglicismes et des créations spontanées. Certains mots sont des condensés de concepts entiers. Parfois, une note de bas de page est nécessaire, mais j’essaie toujours de l’éviter au maximum pour ne pas rompre le rythme de lecture. L’idéal est de trouver un équivalent qui puisse être compris par le contexte, ou de créer un néologisme français qui ait la même saveur, la même audace. C’est un exercice de haute voltige.
Quant aux références culturelles, elles sont omniprésentes : allusions à des figures historiques, des émissions de télévision cultes, des blagues politiques d’une époque révolue, des chansons populaires, des expressions idiomatiques très imagées… Là encore, il faut évaluer la nécessité. Est-ce que la référence est essentielle à la compréhension de l’intrigue ? Au développement du personnage ? Si oui, je dois trouver le moyen de l’expliquer discrètement, de l’intégrer au texte sans que cela ressemble à un exposé. Parfois, il faut accepter de perdre une partie de la résonance pour garantir la fluidité, mais toujours en cherchant le moindre mal. C’est un travail de détective et de poète à la fois. Pour approfondir ces enjeux spécifiques, notre analyse des difficultés de la traduction littéraire russe décrypte les mécanismes linguistiques et culturels en jeu.
**Q:** Pouvez-vous nous donner un exemple concret d'un terme russe qui vous a semblé impossible à traduire, et la solution créative que vous avez trouvée ?
**R:** Absolument. Un exemple qui me vient souvent à l'esprit est le terme russe « пошлость » (poshlost'). Il est souvent traduit par « vulgarité », « trivialité » ou « platitude », mais aucune de ces traductions ne capture vraiment toute la richesse et la spécificité de son sens. « Poshlost' » désigne une forme d'autosatisfaction médiocre, une vulgarité non pas tant de langage que d'esprit, une prétention à la grandeur qui tombe dans le ridicule ou le commun. C'est une sorte de banalité prétentieuse, une laideur morale et esthétique qui s'ignore. C'est le kitsch intellectuel, l'absence de goût déguisée en bon goût.Dans un des romans que j’ai traduits, l’auteur utilisait ce terme pour décrire non pas une personne, mais toute une atmosphère, un certain état d’esprit qui imprégnait la vie quotidienne d’une petite ville post-soviétique. Le traduire par « vulgarité » aurait été trop réducteur, par « platitude » trop faible. J’ai opté pour une approche contextuelle, en utilisant une combinaison de mots et de descriptions plutôt qu’un seul terme. Par exemple, au lieu de dire « une atmosphère pleine de poshlost’ », j’ai pu écrire : « une atmosphère empreinte de cette médiocrité satisfaite et ostentatoire, où le faux-semblant le disputait à la trivialité la plus assumée. » À d’autres moments, j’ai utilisé des adjectifs comme « suffisant », « boursouflé », ou « d’un mauvais goût prétentieux ». L’idée était de décomposer le concept en plusieurs facettes pour que le lecteur francophone puisse en saisir l’essence sans avoir à connaître le mot original. C’est une forme de trahison créative, où l’on trahit le mot pour mieux servir le sens profond.
**Q:** La relation éditeur-traducteur est essentielle. Comment un éditeur peut-il, selon vous, transformer – améliorer ou abîmer – un texte traduit ? Avez-vous déjà eu des expériences marquantes, positives ou négatives, à ce sujet ?
**R:** La relation avec l'éditeur est absolument fondamentale, c'est une collaboration qui peut faire ou défaire une traduction. Un bon éditeur est un allié précieux. Il apporte un regard neuf, une distance critique que le traducteur, plongé dans le texte depuis des mois, a parfois perdue. Il peut pointer des lourdeurs, des ambiguïtés, des passages qui ne sonnent pas tout à fait juste en français, sans pour autant dénaturer l'original. Un excellent éditeur comprend le texte source, même s'il ne maîtrise pas la langue, et il respecte la voix du traducteur. Il pose les bonnes questions, suggère des améliorations sans imposer ses propres tournures, et se soucie de la fluidité et de la résonance du texte dans sa langue d'arrivée. C'est un partenaire qui élève le travail.J’ai eu des expériences très positives où l’échange avec l’éditeur a permis d’affiner des passages complexes, de trouver la meilleure solution pour des blagues ou des références culturelles. Ces dialogues constructifs sont enrichissants et essentiels.
À l’inverse, un éditeur moins sensible ou moins expérimenté peut abîmer un texte. Cela arrive quand il privilégie une « platitude fonctionnelle », cherchant la clarté à tout prix, même au détriment du style, du rythme ou de la poésie de l’original. Je me souviens d’une fois où un éditeur avait systématiquement gommé toutes les répétitions voulues par l’auteur, pensant « améliorer » le texte, alors qu’elles étaient un élément clé de sa musicalité et de son insistance thématique. Ou encore, des modifications qui, sous prétexte de « fluidifier », enlevaient toute la saveur étrangère, toute la particularité de la syntaxe russe que j’avais essayé de faire transparaître subtilement. C’est frustrant, car on a l’impression que des mois de travail sur la musique du texte sont réduits à néant. C’est pourquoi un dialogue ouvert et respectueux est crucial. Les grands traducteurs du russe en français témoignent tous de relations éditoriales marquantes qui ont façonné leur travail et leur identité professionnelle.

**Q:** L'économie de la traduction littéraire en France est souvent décrite comme précaire. Quels sont les tarifs, les défis financiers, et quel est le statut social du traducteur aujourd'hui ?
**R:** C'est un sujet délicat et souvent douloureux. L'économie de la traduction littéraire est en effet précaire. Les tarifs sont généralement fixés au feuillet – 25 lignes de 60 signes – et varient souvent entre 18 et 25 euros le feuillet, parfois moins. Pour un roman de 300 pages, cela représente un travail de plusieurs mois, voire un an, pour un revenu qui est loin d'être mirobolant. La réalité est que peu de traducteurs peuvent vivre exclusivement de la traduction littéraire. Beaucoup doivent cumuler avec d'autres types de traduction (technique, juridique), de l'enseignement, ou d'autres activités.Les défis financiers sont multiples : l’irrégularité des projets, l’absence de statut clair pour certains, le temps non rémunéré de recherche, de lecture préparatoire, de relecture intensive. On est souvent considéré comme un prestataire de services, et non comme un co-auteur, ce qui est une aberration quand on pense à l’ampleur du travail de réécriture et de recréation. Le statut social du traducteur est encore trop souvent celui d’un artisan invisible, un maillon de la chaîne éditoriale, alors qu’il est un véritable passeur culturel, un artiste à part entière.
Heureusement, il y a des associations professionnelles qui luttent pour une meilleure reconnaissance et de meilleures conditions. Des initiatives comme les annonces du milieu culturel russophone en France peuvent aider à créer du lien et des opportunités, mais le chemin est encore long pour que la profession soit rémunérée à la juste valeur de son expertise et de son apport culturel. Il y a une véritable nécessité de sensibiliser le public et les éditeurs à l’importance de ce travail. Sans traducteurs, une grande partie de la littérature mondiale resterait inaccessible. C’est un métier de passion, mais la passion ne nourrit pas à elle seule.
**Q:** Quels auteurs russes contemporains vous sembleraient « traducibles » — et lesquels vous font peur par leur complexité ?**R:** Ma liste de rêves serait longue ! Parmi les plus « traducibles », j'inclurais Gueorgui Iosseliani, dont la prose est cristalline et universelle, ou encore Linor Goralik, dont les micro-fictions auraient un écho immédiat chez les lecteurs francophones. Du côté kazakhstanais, Ilya Odegov représente une sensibilité post-soviétique qui toucherait sûrement le public européen. En revanche, ce qui me « fait peur » — dans le bon sens, celui de l'envie et du défi — c'est Piotr Aleshkovsky ou Viktor Sosnora : leur rapport à la langue russe est si intérieur, si enraciné dans une tradition orale spécifique, que chaque phrase serait une énigme à résoudre. Ce sont des auteurs pour lesquels la traduction ne peut pas être une simple « version française » : elle doit être une recréation. J'accepterais ce défi les yeux fermés, à condition d'avoir l'éditeur qui lui donnerait sa vraie chance.**Q:** Un dernier mot pour nos lecteurs francophones : comment lire une traduction de façon plus critique et apprécier le travail du traducteur ?**R:** Le premier conseil est simple : remarquez le traducteur ! Son nom figure sur la couverture ou en page de titre — lisez-le, notez-le, cherchez ses autres traductions. Si un style vous plaît, c'est peut-être autant grâce au traducteur qu'à l'auteur. Deuxièmement, lisez plusieurs traductions d'un même texte quand c'est possible : comparez la première page du « Crime et châtiment » dans trois éditions différentes, et vous verrez que ce sont presque trois œuvres distinctes. Troisièmement, quand une phrase vous accroche — parce qu'elle est belle, ou parce qu'elle semble maladroite — posez-vous la question : est-ce l'auteur ou le traducteur ? Enfin, si vous avez même quelques notions de russe, essayez de lire une page en parallèle : l'écart entre les deux langues vous dira tout sur les choix du traducteur. La traduction n'est pas un service invisible : c'est un acte artistique que le lecteur mérite de reconnaître.Pour mieux comprendre le travail de sélection des titres à traduire, notre guide pour choisir la meilleure traduction d’un roman russe offre des critères pratiques et des exemples concrets.
Questions rapides — idées reçues sur la traduction littéraire
Vrai ou faux ?
- « Un traducteur doit parler la langue comme un natif » — FAUX. La maîtrise parfaite de la langue source est indispensable, mais le vrai talent se joue dans la langue cible : c’est le français de Sofia Garnier qui fait la qualité de ses traductions.
- « Traduire, c’est trahir » — PARTIELLEMENT VRAI. Toute traduction implique des choix, donc des pertes. Mais « trahir » au sens d’une trahison malveillante : non. Il s’agit d’une trahison créative, nécessaire, au service du sens profond.
- « Les traducteurs sont bien payés en France » — FAUX. Le tarif moyen au feuillet (18-25 €) pour un travail de plusieurs mois représente souvent moins du SMIC annuel pour la littérature.
- « L’auteur original contrôle la traduction » — PARFOIS. Certains auteurs relisent activement la traduction française ; d’autres font confiance entièrement au traducteur. Cela dépend du contrat et de la relation éditeur-auteur.
- « Une traduction ancienne est moins bonne qu’une nouvelle » — FAUX. Les traductions de Markowicz ont profondément renouvelé la lecture des classiques, mais certaines traductions anciennes conservent une musicalité que les versions modernes ont perdue.
Les 3 choses à retenir de cet entretien
- La fidélité au style prime sur la fidélité au mot : Sofia Garnier ne traduit pas des mots, elle traduit une musique, un rythme, une intention. La littéralité peut trahir là où la recréation fidélise.
- La traduction contemporaine est un dialogue : avec un auteur vivant, le traducteur est un co-créateur discret, un interprète qui valide ses choix en temps réel. C’est une responsabilité unique qui n’a pas d’équivalent dans la traduction des classiques.
- La précarité économique reste le grand angle mort : malgré l’importance culturelle du métier, les traducteurs littéraires vivent souvent au bord du seuil de pauvreté. Reconnaître leur nom, acheter leurs traductions, c’est aussi un acte politique de lecteur conscient. Des initiatives comme Héritage Russe valorisent ce travail de transmission culturelle en France.
Pour illustrer concrètement ces enjeux sur des textes emblématiques, notre analyse des traductions françaises de Boulgakov montre comment les choix de traducteurs successifs ont transformé la réception d’un chef-d’œuvre.