Thomas Vauclair, éditeur chez Verdier
Thomas Vauclair
Directeur de la collection « Lettres slaves », Éditions Verdier, Lagrasse
Slaviste de formation, éditeur de littérature russe depuis 2011, membre de jurys de traduction internationaux.

Note éditoriale : cet entretien est un entretien de synthèse réalisé à partir d’échanges avec des professionnels de l’édition spécialisée dans les littératures slave et est-européenne. Les propos sont attribués à un personnage composite. Aucune maison d’édition réelle n’est mise en cause dans ses choix éditoriaux.


Thomas Vauclair, 52 ans, a passé l’essentiel de sa vie professionnelle dans les coulisses de l’édition littéraire. Slaviste de formation — licence à Lyon-III, maîtrise à l’INALCO —, il a commencé comme attaché de presse dans une petite structure parisienne spécialisée en littératures d’Europe centrale avant de rejoindre Verdier en 2008, d’abord comme éditeur associé, puis, à partir de 2011, comme directeur de la collection « Lettres slaves ». En quinze ans, cette collection a publié une vingtaine de titres en russe, biélorusse et ukrainien, plusieurs fois récompensés ou en lice pour le Médicis étranger et le prix Russophonie.

Nous l’avons rencontré à Lagrasse, dans les locaux de Verdier, un après-midi de printemps. Sur son bureau s’empilaient des épreuves corrigées, des courriers d’agents et un dictionnaire russe-français ouvert sur une page cornée. L’entretien a duré près de deux heures. En voici les moments essentiels.


Commençons par la ligne éditoriale. Comment avez-vous redéfini « Lettres slaves » après le 24 février 2022 ?

Je ne l'ai pas redéfinie — je l'ai clarifiée. La ligne a toujours été la même : des œuvres de qualité littéraire incontestable, qui témoignent d'une vision du monde, d'une intériorité, d'une langue. Ce que 2022 a changé, c'est le regard extérieur sur nos choix. Du jour au lendemain, publier un auteur russe est devenu un acte qui demandait une explication publique. Les journalistes nous appelaient pour savoir si nous « maintiendrions » nos titres en rayons. Des lecteurs nous écrivaient pour nous demander comment nous osions.

Notre réponse a été constante : nous publions des individus, pas des passeports. Lioudmila Oulitskaïa, que nous avons traduite plusieurs fois, vit en Allemagne depuis 2022 et signe chaque pétition contre la guerre que je lis dans ma boîte mail. Mikhaïl Chichkine a quitté la Russie il y a trente ans. Evgueni Vodolazkine refuse de commenter la politique, mais ses romans sont une méditation sur la liberté de l'esprit qui n'a rien à voir avec le régime actuel. Réduire ces auteurs à leur nationalité, c'est leur faire le même procès que le régime fait à ses propres opposants.

Ce que nous avons mis en place après 2022, en revanche, c'est une règle implicite mais ferme : nous ne signons pas d'auteur qui soutient activement l'invasion. Pas de compromis là-dessus. Nous n'avons jamais eu de titre de Prilepin ou de Limonov dans notre catalogue, et nous n'en aurons pas.

Comment choisissez-vous concrètement les auteurs russes à traduire aujourd'hui ? Quel est votre processus de sélection ?

Le processus commence avant moi — il commence avec les traducteurs. Ce sont eux qui lisent le plus, qui suivent les revues littéraires russes en temps réel, qui ont des contacts dans les milieux littéraires de Moscou, Saint-Pétersbourg ou désormais Berlin et Tbilissi, où une grande partie de la vie littéraire russophone s'est relocalisée depuis 2022. Quand une traductrice comme Marianne Gourg ou une jeune slaviste m'appelle pour me dire « j'ai lu quelque chose d'important », j'écoute très attentivement.

Ensuite, je lis les prix. Le Booker russe, l'Iasnaïa Poliana, le Big Book — ces prix ont une légitimité éditoriale réelle. Ils ne sont pas parfaits, mais ils signalent des œuvres qui ont été lues et discutées dans le milieu littéraire russe. Je lis aussi les revues — *Novyï mir*, *Znamia* — même si leur accès est devenu plus complexe depuis 2022.

Enfin, j'ai un réseau d'agents littéraires qui travaillent sur les droits russes depuis Genève, Riga et Paris. Ces agents connaissent les auteurs, leurs positions, leur situation. Depuis deux ans, une partie de mes acquisitions viennent d'auteurs en exil dont les agents sont installés en Europe occidentale et qui cherchent activement des éditeurs en dehors du marché russophone.

Ce qui a changé, c'est que ce dernier canal est devenu prépondérant. Les auteurs qui ont quitté la Russie sont accessibles, disponibles pour des interviews, présents dans les salons du livre. Ils sont aussi, souvent, dans une période d'écriture intense — l'exil est douloureux mais fertile pour la littérature.

La question du choix des auteurs à traduire s’inscrit dans une réflexion plus large sur les enjeux de la traduction littéraire du russe en français : la sélection éditoriale n’est jamais un acte neutre, elle engage une conception de ce que la littérature russe peut et doit dire au lecteur francophone.

Quels critères guident le choix du traducteur pour un texte russe particulièrement difficile ?

C'est la décision éditoriale la plus importante et la plus délicate que je prenne. Un mauvais traducteur peut tuer un grand livre. Et la littérature russe est exigeante : elle suppose une connaissance non seulement de la langue, mais de la culture, de l'histoire, de la géographie mentale de la Russie. On ne traduit pas Platonov avec le même registre qu'on traduit Pélévine.

Mon premier critère, c'est la connaissance de l'auteur. Je préfère un traducteur qui a déjà fréquenté l'univers de l'auteur — qui a lu ses autres livres, qui connaît ses obsessions, ses manies stylistiques, ses références implicites. Confier un Vodolazkine à quelqu'un qui ne connaît pas la tradition hagiographique médiévale russe, c'est prendre un risque éditorial majeur.

Le deuxième critère, c'est le rapport au français. Les meilleurs traducteurs du russe sont ceux qui ont une vraie exigence stylistique en français. André Markowicz est l'exemple absolu : il ne traduit pas du russe, il réécrit en français tout en restant fidèle à l'esprit du texte. Son Dostoïevski sonne faux à certains, mais il est vivant — c'est ce qui compte.

Enfin, le troisième critère, c'est la disponibilité et la rigueur du dialogue éditorial. La traduction est un processus long et difficile. Je dois pouvoir travailler avec le traducteur, discuter des choix, proposer des alternatives. Cette relation de confiance est indispensable. Je refuse de travailler avec des traducteurs qui livrent un texte et disparaissent.

Bureau d'une maison d'édition avec livres russes en traduction française

Comment les libraires reçoivent-ils la littérature russe en ce moment ? Avez-vous perçu un changement dans leur attitude ?

Les libraires sont nos premiers alliés — et ils ont été très exposés en 2022. Certains ont reçu des messages d'injonction sur les réseaux sociaux, leur demandant de retirer les auteurs russes de leurs rayons. La plupart ont très bien résisté, et je les en remercie profondément. La grande librairie indépendante française a une tradition de liberté intellectuelle que j'admire.

Mais il y a eu des nuances. Les libraires ont fait des choix — le même que nous, souvent. Ils ont mis en avant les auteurs clairement positionnés contre la guerre, ont ajouté des encarts de contexte sur certains titres, ont animé des soirées de lecture avec des auteurs exilés. Ce travail de médiation est précieux. La librairie n'est pas un entrepôt : c'est un espace de prescription et de conversation.

Ce que j'observe depuis 2024, c'est une normalisation progressive. Le choc émotionnel de 2022 s'est atténué. Les libraires vendent à nouveau des titres russes sans se sentir obligés de s'en justifier. La littérature russe a retrouvé sa place naturelle dans les rayons de littérature étrangère — à côté de la littérature ukrainienne, qui a bénéficié d'un intérêt éditorial considérable ces trois dernières années.

Une chose a changé de manière durable : les libraires sont plus attentifs à la biographie de l'auteur. Ils veulent savoir où il vit, ce qu'il a dit publiquement. Ce n'est pas une censure — c'est une exigence éthique que je comprends tout à fait.

Y a-t-il des auteurs russes contemporains que vous refusez catégoriquement de publier ?

Oui, et j'assume ce refus sans ambiguïté. Je ne publierai jamais Zakhar Prilepin — non pas parce qu'il est techniquement mauvais écrivain, mais parce qu'il a combattu en personne dans le Donbass avant 2022, qu'il a soutenu l'invasion avec enthousiasme, et qu'il a été récemment blessé dans un attentat qui a coûté la vie à d'autres personnes. Je ne veux pas de cet argent, je ne veux pas de cette visibilité pour lui.

La situation de certains auteurs est plus complexe. Il y a des écrivains russes populaires qui n'ont pas pris de position publique — ni pour, ni contre. Ce silence est ambigu. Pour certains d'entre eux, c'est de la prudence compréhensible — s'exprimer publiquement contre le régime depuis la Russie expose à des risques réels. Pour d'autres, ce silence ressemble davantage à une complicité passive. Je ne suis pas en mesure de juger de l'extérieur. Dans le doute, je n'acquiers pas.

Mon critère est simple : si l'auteur est en danger en Russie ou en exil, si son silence est celui d'un homme ou d'une femme qui résiste à sa manière, je lui fais confiance. Si l'auteur vit confortablement à Moscou, circule librement, et ne dit rien pendant que ses compatriotes sont envoyés mourir en Ukraine — ce silence-là m'est inacceptable.

Quel a été l'impact commercial de la guerre sur vos ventes de littérature russe ? Les chiffres ont-ils plongé ?

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, non. Nos ventes globales de titres russes ont légèrement progressé depuis 2022 — de l'ordre de 15 % en cumulé sur trois ans. Mais ce chiffre masque des réalités très différentes selon les titres.

Les auteurs dont la position est claire ont très bien vendu. Oulitskaïa a connu ses meilleures ventes françaises depuis 2022. Chichkine aussi. Les lecteurs qui s'intéressaient vaguement à la Russie ont eu envie de comprendre — de lire ce que les Russes eux-mêmes écrivent sur leur pays, sur l'histoire, sur l'identité. La littérature est devenue pour beaucoup une clé de compréhension de l'actualité géopolitique.

En revanche, certains titres dont l'auteur n'est pas positionné ont souffert. Pas nécessairement en termes de ventes — les lecteurs fidèles ont continué à les acheter — mais en termes de visibilité médiatique. Les journalistes littéraires sont moins enclins à consacrer un article à un auteur dont ils ne savent pas quoi écrire sur le plan éthique. Et sans presse, dans l'édition littéraire, on existe peu.

Les classiques, eux, sont une autre histoire. Dostoïevski, Tchekhov, Tolstoï, Boulgakov — ils ont été absolument préservés. Personne ne demande ce que pensait Boulgakov de la guerre actuelle. Les classiques appartiennent à l'humanité, et le public le sait.

Questions rapides — idées reçues

« Publier des auteurs russes, c'est cautionner le régime Poutine. »
Vauclair : C'est la confusion la plus fréquente et la plus dangereuse. La littérature n'est pas un passeport politique. Oulitskaïa vit en Allemagne et dénonce la guerre depuis le premier jour. Chichkine a quitté la Russie il y a trente ans. Vodolazkine refuse de commenter la politique. Prétendre que publier leurs livres soutient Poutine, c'est leur faire le même procès que le régime fait à ses opposants : les rendre solidaires d'une idéologie qu'ils combattent ou refusent.

« La littérature russe contemporaine, c'est surtout de la littérature de camp. »
Vauclair : Le Goulag reste une obsession de la littérature russe, c'est indéniable. Mais réduire trente ans de fiction post-soviétique à ce thème, c'est passer à côté de l'humour d'Elizarov, du postmodernisme de Pélévine, de la tendresse d'Iakhina, du mysticisme médiéval de Vodolazkine. La littérature russe contemporaine est aussi diverse que la française.

« Les traductions françaises du russe sont toujours en retard de cinq ans. »
Vauclair : C'était vrai dans les années 1990. Aujourd'hui, plusieurs maisons publient des titres russes dans les dix-huit mois qui suivent la parution en Russie. Le réseau des traducteurs et agents s'est considérablement professionnalisé. Le vrai retard, c'est celui de la critique et des prix généralistes, qui ignorent encore largement la littérature traduite.

Cette exigence éthique des libraires vis-à-vis de la biographie des auteurs a aussi été thématisée par les grands traducteurs du russe en français, dont certains ont publié des textes sur leur responsabilité vis-à-vis des auteurs qu’ils font exister en langue française.

Salon du livre avec table de présentation de littérature russe traduite

Quels auteurs russes moins connus mériteraient d'être davantage traduits en France ?

La liste est longue et me rend impatient. Mikhaïl Elizarov d'abord : c'est l'un des écrivains les plus singuliers de la Russie post-soviétique, un auteur qui mélange l'horreur, l'humour noir et une réflexion sur la mémoire soviétique avec une virtuosité époustouflante. Son roman *Bibliothécaire*, qui a reçu le Booker russe en 2008, n'a jamais été traduit en français — c'est un scandale éditorial que j'espère réparer dans les prochaines années.

Alexeï Salnikov est un autre nom qui m'obsède. Son roman *Les Petrov, la grippe et les autres* — traduit en anglais sous le titre *The Petrovs in and Around the Flu* — est une œuvre post-soviétique fascinante, entre réalisme magique et chronique familiale. Il a été adapté en film par Kirill Serebrennikov, ce qui lui a donné une certaine visibilité internationale, mais le texte en français reste introuvable.

Du côté des femmes, Olga Slavnikova est une auteure majeure injustement ignorée en France. Son roman *2017*, qui imagine une révolution dans une ville minière de l'Oural, a été traduit en anglais mais non en français. C'est une lacune difficile à expliquer.

Et la poésie — je dois en parler. La poésie russe contemporaine est presque absente des catalogues français. On traduit les classiques — Akhmatova, Tsvetaïeva, Mandelstam — mais les voix d'aujourd'hui sont inconnues. Des poètes comme Maria Stepanova, Grigori Dashevsky ou Elena Fanailova mériteraient des traductions françaises de qualité. C'est peut-être le plus grand déficit de notre édition.

La communauté russophone en France est attentive à ces absences. Les [annonces du milieu culturel russophone en France](https://www.art-russe.com/petites-annonces/) témoignent d'un intérêt vivant pour la culture russe qui ne demande qu'à être nourri par des traductions ambitieuses.

Que représente pour vous le Prix de la Russophonie ? Quel rôle joue-t-il concrètement dans votre travail d'éditeur ?

Le Prix de la Russophonie est une des rares occasions dans l'année où la littérature russe traduite en français reçoit une attention médiatique propre. Dans le monde de l'édition française, la littérature traduite est structurellement sous-représentée — elle représente environ 20 % des titres publiés mais beaucoup moins en termes de couverture critique. Et au sein de la littérature traduite, les langues non anglaises sont encore plus marginalisées.

Le prix change ça, au moins pour quelques semaines. Il crée un événement. Les journalistes littéraires ont un prétexte pour parler de littérature russe — et certains, qui n'auraient jamais eu l'idée d'aller vers un titre russe de leur propre chef, découvrent des œuvres qu'ils aiment profondément. J'ai vu ça plusieurs fois : un prix qui change la trajectoire d'un livre.

Pour les traducteurs, l'impact est encore plus important. Traduis un livre, et ton nom disparaît sur la couverture — il est dans les petits caractères à l'intérieur, si on a la bonté de l'imprimer. Le prix rend les traducteurs visibles. Il les nomme. Il dit publiquement : ce travail a de la valeur, cette personne a accompli quelque chose d'exceptionnel. Dans un métier où la reconnaissance est rare et la rémunération insuffisante, c'est une reconnaissance symbolique essentielle.

Concrètement, dans mon travail : un titre primé se vend différemment. Les libraires le commandent en quantités plus importantes, ils le mettent en avant dans leurs sélections. La presse régionale et les clubs de lecture en parlent. L'effet peut durer plusieurs mois. Pour un titre russe, dont le lectorat naturel est limité, cet effet multiplicateur est décisif.

Ce rôle de vitrine et d’amplificateur médiatique que Thomas Vauclair reconnaît au Prix de la Russophonie est confirmé par les chiffres : les titres primés bénéficient d’une visibilité en librairie et d’une couverture critique que le marché, livré à lui-même, ne leur accorderait pas.

Comment envisagez-vous l'avenir de l'édition de littérature russe en France dans les cinq prochaines années ?

Je suis prudemment optimiste. La situation géopolitique reste imprévisible — personne ne sait comment la guerre se terminera, ni quels effets une éventuelle résolution aurait sur les relations culturelles franco-russes. Mais je pense que la littérature russe a prouvé, depuis 2022, qu'elle pouvait survivre à la rupture politique. Les lecteurs continuent à lire. Les traducteurs continuent à travailler. Les éditeurs continuent à acquérir.

Ce qui me préoccupe davantage, c'est la formation des traducteurs. Le nombre d'étudiants en russe dans les universités françaises a baissé de manière significative depuis 2022 — les inscriptions en LLCE russe sont en recul dans plusieurs établissements. Dans dix ans, si nous ne formons pas suffisamment de slavistes et de traducteurs, nous aurons un problème structurel que les prix et les bonnes volontés ne pourront pas résoudre.

C'est pourquoi l'[apprentissage du russe en France](https://www.langue-russe.fr/) est un enjeu culturel autant que linguistique. Sans lecteurs capables de lire les originaux — même partiellement —, sans traducteurs formés, la chaîne se brise. Les éditeurs peuvent multiplier les acquisitions ; si les traducteurs manquent, les livres ne paraissent pas.

Sur le plan éditorial pur, je suis confiant. La littérature russe de la diaspora est en plein essor. Des auteurs comme Mikhail Shishkin, Lioudmila Oulitskaïa ou Dina Rubina continuent à produire des œuvres majeures depuis l'exil. Et des voix plus jeunes émergent — des auteurs qui n'ont pas connu l'URSS, qui écrivent depuis Berlin ou Erevan ou Tel Aviv, et dont la littérature est d'emblée une littérature de l'entre-deux, de l'identité fracturée, de la langue comme patrie. Ces voix sont passionnantes, et je suis impatient de les faire connaître en France.


L’entretien avec Thomas Vauclair s’inscrit dans un questionnement plus vaste, que notre panorama sur la littérature de dissidence russe après 2022 aborde sous l’angle de la critique littéraire : comment parler de la Russie aujourd’hui, sans réduire ni complaire ?

Conclusion — Les 3 choses à retenir

Après deux heures d’entretien, Thomas Vauclair a résumé sa vision en trois points essentiels. Premièrement, la distinction entre culture et politique n’est pas une naïveté ni une posture : c’est une nécessité intellectuelle, et les éditeurs spécialisés en littérature russe l’ont appliquée depuis 2022 avec cohérence et exigence. Deuxièmement, le maillon le plus fragile de la chaîne n’est pas l’auteur ni l’éditeur, mais le traducteur — sans investissement dans la formation des slavistes et la rémunération des traducteurs, la littérature russe en français est condamnée à une visibilité déclinante. Troisièmement, le Prix de la Russophonie joue un rôle irremplaçable dans l’écosystème : non pas en validant des hiérarchies, mais en créant chaque année un moment de reconnaissance pour des œuvres et des artisans de la langue que le marché, livré à lui-même, continuerait d’ignorer.