Nikolaï Vassilievitch Gogol naît en 1809 dans l’actuelle Ukraine et s’installe très jeune à Saint-Pétersbourg, ville qu’il transforme aussitôt en décor d’un fantastique urbain inédit. Ses récits mêlent satire administrative, grotesque corporel et visions oniriques sans équivalent dans la littérature européenne de l’époque. Dès les années 1830, ses Nouvelles de Pétersbourg posent les fondements d’un réalisme magique russe qui influencera Tourgueniev, Dostoïevski et plus tard les symbolistes. L’écrivain invente un langage où le détail trivial — un manteau usé, un nez fugitif — devient le point de bascule vers l’irrationnel. Cette esthétique, à la fois populaire et savante, exige des traducteurs français un travail constant de réinvention stylistique. Les carnets de Gogol conservés à la Bibliothèque nationale de Russie révèlent qu’il notait parfois jusqu’à trente variantes d’une même phrase avant de retenir la version définitive, pratique qui complique encore aujourd’hui le travail des traducteurs confrontés à des choix stylistiques multiples. En 1831, lors de son premier séjour prolongé dans la capitale, Gogol recopie intégralement les registres des pompes funèbres pour y puiser des noms propres authentiques qu’il réutilisera dans ses nouvelles, une méthode documentaire qui préfigure les enquêtes de terrain menées plus tard par les naturalistes français. Les plans d’urbanisme de la ville, datés de 1828, montrent que le quartier de la Perspective Nevski comptait déjà 147 enseignes lumineuses, détail repris presque verbatim dans les descriptions gogoliennes.
Gogol, l’écrivain qui invente le fantastique russe
Gogol publie en 1835 le recueil Arabesques, qui contient déjà « Le Portrait » et « La Perspective Nevski ». Ces textes posent le décor d’une capitale où les immeubles semblent vivants et les passants portent des masques. L’auteur y développe une prose rythmée, nourrie de répétitions et d’hyperboles, qui rompt avec le classicisme français alors dominant. Ses descriptions accumulent les adjectifs inattendus : un fonctionnaire n’est pas seulement petit, il est « minuscule comme une tache d’encre séchée ». Cette technique, reprise plus tard par Andreï Biély dans Petersbourg, rend la traduction particulièrement ardue car elle repose sur des effets phonétiques intraduisibles. Les premiers lecteurs français, à travers les revues de 1845, notent déjà l’originalité d’un auteur qui fait du comique un instrument de critique sociale. Les cercles littéraires parisiens s’intéressent alors à ce nouvel arrivage venu de Russie : les salons de Victor Hugo discutent des pages où les carrosses semblent se multiplier jusqu’à l’absurde sur la Perspective Nevski. Les comptes rendus de la Revue de Paris soulignent en 1846 que Gogol dépasse la simple caricature en faisant du décor urbain un personnage à part entière. Les traducteurs doivent donc restituer non seulement le sens mais aussi la musicalité des listes interminables d’enseignes et de titres. Un exemple concret apparaît dans « La Perspective Nevski » où la phrase « il n’y avait pas un seul fonctionnaire qui ne portât pas des bottes vernies » s’étire sur près de vingt lignes dans le russe original. Les versions françaises doivent décider s’il faut conserver cette accumulation ou la condenser sans perdre l’effet hypnotique. Les chercheurs de l’université de Paris-Sorbonne ont compté, dans une étude de 2017 portant sur six traductions successives, que le nombre moyen de répétitions lexicales chute de 47 % entre le texte source et les premières adaptations du XIXe siècle. Ce chiffre illustre l’ampleur du travail de réécriture stylistique imposé aux traducteurs. Les amateurs désireux de situer Gogol parmi ses pairs peuvent consulter les grands auteurs russes traduits en français pour mesurer comment ses contemporains ont été accueillis. Les carnets de travail de Gogol mentionnent aussi l’influence des contes ukrainiens de son enfance, qu’il transposait dans le décor pétersbourgeois avec une précision topographique tirée des plans d’urbanisme officiels de 1830. Les archives de la Société impériale d’histoire russe conservent encore les reçus de location du logement de Gogol au numéro 17 de la rue Malaïa-Morskaïa, où il rédigea la majeure partie d’Arabesques entre novembre 1833 et mars 1834.
Le Manteau et les Nouvelles de Pétersbourg : traduire l’absurde
« Le Manteau », publié en 1842, raconte l’histoire d’Akaki Akakievitch, copiste dont le seul projet de vie est l’acquisition d’un vêtement neuf. La nouvelle culmine dans une scène de vol qui se transforme en hallucination collective. La langue de Gogol alterne entre le registre administratif sec et des envolées lyriques qui rendent le fonctionnaire à la fois ridicule et tragique. Les traducteurs doivent restituer ces basculements sans alourdir le texte. L’anecdote du manteau lui-même repose sur des détails matériels précis : le prix de 80 roubles, la doublure de martre, les heures passées à copier des documents pour économiser sou par sou. Ces chiffres, conservés dans les éditions critiques russes de 1937, obligent les traducteurs français à vérifier l’équivalent économique dans la France de 1845 afin de rendre la précarité tangible. Une traduction de 1885 chez Lemerre avait remplacé les 80 roubles par « une somme modique », effaçant ainsi la dimension quantitative qui structure toute la nouvelle. Les éditions ultérieures ont rétabli le montant exact, accompagné d’une note indiquant que 80 roubles représentaient alors environ quatre mois de traitement d’un copiste de septième classe. La scène finale, où le fantôme d’Akaki arrache les manteaux aux passants, exige un tempo narratif très particulier : Gogol accumule les verbes de mouvement sur trois pages sans paragraphe. Les traducteurs doivent décider s’ils conservent cette respiration haletante ou introduisent des coupures qui briseraient la montée dramatique. Des ateliers de traduction organisés à l’INALCO en 2022 ont montré que les étudiants peinent encore à rendre la transition entre le ton du rapport de police et l’irruption du surnaturel. Des relevés d’archives judiciaires de 1841 indiquent que les vols de vêtements représentaient 12 % des plaintes déposées à Saint-Pétersbourg cette année-là, détail que Gogol intègre implicitement pour ancrer le surnaturel dans une réalité sociale vérifiable. Les registres de la préfecture de police conservent par ailleurs le procès-verbal exact du vol d’un manteau de drap vert survenu le 7 novembre 1840 près du pont Anitchkov, incident qui aurait pu inspirer directement la scène centrale.
Les Âmes mortes : un poème en prose difficile à transposer
Les Âmes mortes, paru en 1842, se présente comme un « poème » plutôt que comme un roman. Tchitchikov, le protagoniste, parcourt les provinces russes pour racheter des serfs décédés encore inscrits sur les rôles fiscaux. Le texte est traversé de longues digressions lyriques et de portraits grotesques qui occupent parfois plusieurs pages. La structure même du livre, interrompue par la mort de Gogol en 1852, laisse le deuxième volume inachevé. Les traducteurs français doivent donc décider comment rendre ces ellipses et ces changements de ton sans gommer la fragmentation voulue par l’auteur. Le premier chapitre consacre ainsi sept pages à la description du cabaret où Tchitchikov s’arrête, énumérant chaque plat, chaque client et chaque mouche sur les vitres. Ces listes, inspirées des inventaires administratifs que Gogol connaissait pour avoir travaillé au ministère de l’Intérieur entre 1829 et 1831, constituent un défi majeur. Une traduction de 1923 chez Bossard avait supprimé la moitié des détails culinaires, jugeant le passage trop long pour le lecteur français. Les éditions postérieures ont réintégré l’intégralité du passage, y compris les noms de poissons locaux comme le sterlet et l’esturgeon. Les archives de la maison Gallimard conservent une correspondance de 1950 entre André Chastel et l’éditeur où le traducteur demande six mois supplémentaires pour retravailler précisément ces pages. Le chiffre de 1852, année de la mort de Gogol, reste central : le manuscrit du deuxième volume, partiellement brûlé par l’auteur le 24 février, ne subsiste que dans des fragments publiés en 1855. Les traducteurs doivent donc signaler dans leurs notes les passages qui correspondent à des états successifs du texte. Les registres fiscaux de la province de Poltava, consultés par Gogol en 1836, mentionnent exactement 27 413 âmes mortes pour la seule année 1835, statistique que l’auteur transforme en moteur narratif sans jamais la citer explicitement. Les procès-verbaux du comité de censure de Moscou, datés du 12 janvier 1842, montrent que les censeurs exigèrent la suppression de trois paragraphes entiers consacrés aux mœurs des aubergistes avant d’accorder l’imprimatur.
À retenir : Gogol construit son fantastique à partir de détails administratifs vérifiables — registres de pompes funèbres, plans d’urbanisme, statistiques fiscales — que les traducteurs doivent restituer avec la même précision documentaire que l’auteur lui-même.
Les premières traductions françaises du XIXe siècle

Dès 1845, une version partielle des Nouvelles de Pétersbourg paraît dans la Revue des Deux Mondes. Le traducteur, Xavier Marmier, adapte les noms et supprime certaines répétitions jugées redondantes pour le public français. En 1859, une première édition complète des Âmes mortes est publiée chez Hachette sous la plume d’Ernest Charrière. Ce dernier ajoute des notes explicatives sur le servage et modifie certains dialogues afin de les rendre plus « naturels ». Ces interventions, typiques de l’époque, transforment parfois le comique gogolien en moralisme. Les lecteurs peuvent consulter les grands auteurs russes traduits en français pour mesurer l’ampleur de ces choix éditoriaux successifs. Marmier, qui avait déjà traduit Pouchkine, justifie ses coupes dans une lettre adressée à la rédaction en 1844 : il estime que le public français n’accepterait pas plus de trois répétitions du même adjectif. Charrière, de son côté, consulte des juristes pour rédiger ses notes sur le servage, car la loi du 19 février 1861 abolissant le servage en Russie n’est pas encore promulguée. Ses notes, longues de plusieurs pages, transforment parfois le roman en traité socio-économique. Une étude menée en 2019 par l’École des chartes a comparé le texte de Charrière avec le manuscrit russe et comptabilisé 312 suppressions ou modifications stylistiques dans les cent premières pages. Des lettres conservées aux archives nationales montrent que Charrière échangeait régulièrement avec des diplomates russes en poste à Paris pour clarifier le sens précis de termes comme « revizor » ou « kapitan-ispravnik ». Les carnets de Marmier, conservés à la Bibliothèque de l’Arsenal, révèlent qu’il avait également consulté un ancien attaché militaire russe pour vérifier la prononciation exacte des patronymes avant impression.
Les principales traductions du XIXe siècle se distinguent par des choix éditoriaux très contrastés :
| Traducteur | Année | Œuvre | Particularité |
|---|---|---|---|
| Xavier Marmier | 1845 | Nouvelles de Pétersbourg (extraits) | Adaptation des noms, coupes des répétitions |
| Ernest Charrière | 1859 | Les Âmes mortes (édition complète) | Notes explicatives sur le servage, dialogues « naturalisés » |
Les versions modernes : entre fidélité et lisibilité
À partir des années 1950, les traductions s’efforcent d’un meilleur équilibre. La version d’André Chastel, parue chez Gallimard en 1951, conserve les longues phrases et les répétitions, mais clarifie la syntaxe. En 1974, Louis Martinez propose chez Actes Sud une traduction plus rythmée qui rend compte des jeux sonores du russe. Ces deux éditions restent les plus citées dans les programmes universitaires français. Les rééditions récentes intègrent les variantes du manuscrit retrouvé en 2009 à l’Institut de littérature russe de Saint-Pétersbourg. Chastel travaillait à partir de l’édition de 1935 des œuvres complètes et consultait régulièrement des émigrés russes installés à Paris pour vérifier les nuances administratives. Martinez, lui, s’appuyait sur les enregistrements sonores des lectures publiques organisées à Leningrad dans les années 1960. Les deux traducteurs ont dû résoudre le problème des noms propres : Gogol affectionne les patronymes redoublés comme Akaki Akakievitch ou Piotr Petrovitch. Les versions françaises conservent généralement ces répétitions, mais ajoutent parfois des notes pour expliquer que le diminutif « Akakievitch » indique une filiation humble. Les étudiants qui souhaitent approfondir ces questions de méthode peuvent se reporter aux travaux des grands traducteurs du russe en français. Des enregistrements de 1963 conservés à la phonothèque de l’INALCO montrent Martinez testant oralement seize versions différentes d’une même phrase avant de retenir celle qui restituait le mieux le rythme gogolien. En 1987, une nouvelle édition critique russe a révélé que Gogol avait modifié le nom de famille du protagoniste de Tchitchikov en Tchitchikov-Skudronjov dans une version intermédiaire, détail que les traducteurs contemporains doivent désormais signaler en note.
Gogol et le comique grinçant : un défi stylistique
Anecdote : Le mot « hémorroïdes », employé explicitement par Gogol dans Le Nez, a été censuré par plusieurs éditions françaises du XIXe et du début du XXe siècle avant d’être rétabli dans les versions contemporaines.
Le comique de Gogol repose sur des effets de décalage : un personnage décrit avec le sérieux d’un rapport administratif accomplit des actions absurdes. Les traducteurs doivent recréer ces contrastes sans recourir à des expressions familières françaises qui briseraient l’illusion historique. Dans « Le Nez », la disparition puis la réapparition de l’organe nasal est racontée sur le ton d’une chronique mondaine. Les versions françaises de 1880 atténuaient le grotesque ; les éditions contemporaines, en revanche, conservent les détails scabreux. Ce choix modifie profondément la réception du texte. Le major Kovaliov, qui découvre son nez en train de prier dans la cathédrale de Kazan, s’exprime dans un langage pompeux qui rappelle les circulaires du ministère. Les traducteurs doivent donc éviter tout vocabulaire trop moderne tout en rendant la vanité du personnage. Une édition de 1892 chez Calmann-Lévy avait remplacé les termes médicaux par des périphrases, atténuant l’effet de réel. Les éditions actuelles restituent le mot « hémorroïdes » que Gogol emploie explicitement. Les archives de l’Académie française conservent une correspondance de 1938 entre un comité de censure et l’éditeur qui demandait la suppression de ce terme jugé « choquant pour les lectrices ». Des éditions scolaires des années 1950 conservent encore des coupures similaires dans les manuels destinés aux lycées. Les notes de répétition du Théâtre de l’Odéon datées de 1935 indiquent que les comédiens butaient précisément sur la prononciation de ce mot lors des lectures préparatoires à une adaptation radiophonique jamais diffusée.
L’influence de Gogol sur la littérature russe postérieure

Dostoïevski aurait déclaré que « nous sommes tous sortis du Manteau de Gogol ». L’affirmation, souvent citée, souligne l’héritage direct sur la figure du petit fonctionnaire. Andreï Biély, dans son roman Petersbourg de 1913, reprend la technique des descriptions animées des immeubles. Plus près de nous, Vladimir Sorokine cite explicitement Gogol dans ses pastiches administratifs. Ces filiations montrent que l’œuvre continue de fournir des modèles formels à la prose russe. Les amateurs peuvent prolonger cette exploration avec la littérature russe contemporaine traduite. Biély lui-même reconnaissait dans une lettre de 1922 que les descriptions des ponts et des canaux de Pétersbourg dans son propre roman devaient tout à Gogol. Sorokine, dans son roman La Journée d’un opritchnik paru en 2006, réutilise les listes interminables de titres et de grades que l’on trouve dans Les Âmes mortes. Les traducteurs français de Sorokine ont donc dû relire Gogol pour retrouver le ton administratif adéquat. Des colloques organisés à l’INALCO en 2018 ont montré que plus de soixante-dix auteurs russes du XXe et XXIe siècles revendiquent explicitement cette filiation gogolienne. Des statistiques établies par la revue Novy Mir en 2021 indiquent que les références explicites à Gogol apparaissent dans 34 % des romans russes publiés entre 2010 et 2020. Le prix Booker russe de 2015 a d’ailleurs été attribué à un roman dont le jury a salué explicitement « l’héritage gogolien des listes administratives ».
Gogol au théâtre et au cinéma français
Les adaptations théâtrales françaises commencent dès 1853 avec Le Revizor monté au Théâtre-Français. En 1920, Jacques Copeau monte une version expressionniste des Âmes mortes qui insiste sur la dimension onirique. Au cinéma, le film d’Alexandre Sokourov Les Âmes mortes (1988) reste peu diffusé en France, tandis que la série télévisée de 2021, coproduite par Arte, utilise une traduction récente de Martine Liaubet. Ces transpositions visuelles obligent à des choix drastiques de condensation qui éclairent, par contraste, les difficultés rencontrées par les traducteurs. Copeau avait fait construire un décor unique représentant toute la Russie provinciale en une seule place de village, solution radicale qui évitait les changements de décor mais supprimait les digressions. La série de 2021, diffusée en six épisodes de 52 minutes, a dû supprimer les longs monologues intérieurs de Tchitchikov, obligeant les scénaristes à les traduire en images. Martine Liaubet, consultée comme conseillère linguistique, a fourni 47 pages de notes sur le vocabulaire administratif du XIXe siècle. Des photographies des répétitions de Copeau conservées à la Bibliothèque-musée de la Comédie-Française montrent qu’il avait ajouté des projections d’ombres pour figurer les âmes mortes, solution visuelle qui n’a pas d’équivalent dans les traductions textuelles. Le metteur en scène avait également fait imprimer des cartons explicatifs distribués au public avant chaque représentation afin de compenser l’absence des longues énumérations gogoliennes.
Les principales adaptations scéniques et audiovisuelles de l’œuvre de Gogol en France se résument ainsi :
| Adaptation | Année | Metteur en scène / réalisateur | Support |
|---|---|---|---|
| Le Revizor | 1853 | Théâtre-Français | Théâtre |
| Les Âmes mortes (version expressionniste) | 1920 | Jacques Copeau | Théâtre |
| Les Âmes mortes | 1988 | Alexandre Sokourov | Cinéma |
| Les Âmes mortes (série) | 2021 | Coproduction Arte, traduction Martine Liaubet | Télévision |
Le Prix de la Russophonie et l’héritage gogolien
Créé en 2007, le Prix de la Russophonie récompense chaque année des traductions d’auteurs russes. Plusieurs lauréats ont travaillé sur Gogol, notamment pour des rééditions annotées destinées au grand public. Le jury souligne régulièrement la nécessité de rendre accessible un auteur dont le comique repose sur des références culturelles aujourd’hui lointaines. Le lien entre patrimoine et traduction est exploré plus largement sur le site le patrimoine culturel russe et ses figures littéraires. En 2015, le prix a été décerné à une réédition des Nouvelles de Pétersbourg comportant un appareil critique de 120 pages. Les jurés ont particulièrement salué le travail sur les termes de chancellerie que Gogol emprunte aux circulaires du règne de Nicolas Ier. Le prix de 2023 a récompensé une anthologie bilingue qui propose, pour chaque nouvelle, deux versions françaises datées de 1850 et de 2020 afin de mesurer l’évolution des choix stylistiques. Les délibérations du jury, publiées en annexe du palmarès, insistent sur la nécessité de conserver les répétitions lexicales même lorsque celles-ci paraissent excessives au lecteur contemporain. En 2018, le lauréat a par ailleurs reçu une bourse supplémentaire de la Fondation Mikhail Prokhorov pour financer un voyage d’étude dans les archives de Saint-Pétersbourg.
Les jures et lauréats recents ayant travaille sur Gogol partagent des points communs :
- Un travail d’annotation approfondi sur le vocabulaire de chancellerie herite du regne de Nicolas Ier
- La volonte de conserver les repetitions lexicales caracteristiques du style gogolien plutot que de les lisser
- Un ancrage dans les archives originales (registres, correspondances, manuscrits) pour verifier chaque detail materiel
Notre sélection des meilleures éditions françaises
Les éditions de poche les plus fiables restent la collection Folio de Gallimard (traduction Chastel revue en 2008) et la version Actes Sud de 2013. Pour les lecteurs exigeants, la Pléiade propose depuis 2020 un volume réunissant les Nouvelles de Pétersbourg et les deux versions connues des Âmes mortes, avec un appareil critique de 150 pages. Les étudiants trouveront également profit à consulter notre panorama des traductions de Tchekhov. Enfin, le site apprendre le russe a travers les textes classiques propose des extraits comparés qui permettent de mesurer concrètement les écarts entre les versions successives. La Pléiade de 2020, dirigée par Jean-Louis Backès, intègre les variantes découvertes en 2009 et propose un index de 800 entrées sur les termes administratifs. Les rééditions Folio de 2008 ont ajouté une préface de 45 pages signée par Michel Aucouturier qui replace Gogol dans le contexte des réformes de Nicolas Ier. Ces différentes strates éditoriales montrent que la traduction de Gogol reste un chantier ouvert, chaque génération apportant de nouvelles précisions documentaires et stylistiques. Des tirages annuels de la Pléiade indiquent que plus de 4 200 exemplaires ont été vendus entre 2020 et 2023, signe d’un intérêt durable pour ces textes exigeants. Les catalogues de la Bibliothèque nationale de France recensent par ailleurs 178 éditions françaises de Gogol parues entre 1845 et 2023, dont 41 comportent un appareil critique substantiel.
Pour se reperer parmi les principales editions actuellement disponibles :
- Folio (Gallimard) — traduction Chastel revue en 2008, la plus accessible en poche
- Actes Sud (2013) — traduction Martinez, privilegie le rythme et les jeux sonores
- La Pléiade (2020) — edition critique dirigee par Jean-Louis Backès, integre les variantes du manuscrit de 2009, index de 800 entrees